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2020-04-23T00:00:00

Il faut sortir du zéro risque

"Le phénomène du ralentissement de l’activité m’inquiète sérieusement. Notre groupe est leader européen de la production d’emballages industriels, cela permet de comparer les pays. En avril, nous sommes à –7 % de ventes en France.

Ce n’est pas trop mal. Mais le Royaume-Uni progresse de 2 ou 3 %, l’Allemagne de 2,5 %, l’Espagne de 5 %, les Pays-Bas de 4 %, le Danemark de 13 %… Seules l’Italie, à –9 %, et la Grèce, à –8 %, reculent comme nous. Entre les enfants à garder et les cas sensibles qui restent à la maison, notre taux d’absentéisme est plus ou moins de 15 %, alors qu’ailleurs on ne dépasse pas les 5 ou 7 %. Les chiffres sont forts.

Quand je vois ça, je m’inquiète d’un décrochage potentiel de l’économie française. Nous prenons un retard important. Si le pays redémarre correctement, nous parviendrons à assumer la note. Mais sinon, comment fera-t-on pour financer notre système de protection sociale ? Notre taux d’imposition est déjà très élevé… 

Servir le Made in France

Mon souhait est que nous achetions Français pendant six mois ou un an, qu’on voyage dans l’Hexagone, que l’on fasse un effort citoyen assez marqué. Pour que les choses se relancent vite, il faut recommencer à dépenser de l’argent. Mais si on choisit une télévision coréenne, cela ne servira pas les salariés français…

En France, nous nous sommes plus ou moins arrêtés de travailler, tandis que nos voisins ont géré en continuant d’aller au bureau. Il va falloir nous aussi sortir du zéro risque et rentrer dans un mode gestion du risque. C’est faisable : la semaine dernière, j’ai visité huit usines, et j’ai été frappé de l’enthousiasme des salariés. Ils semblaient heureux de travailler, et en sécurité.
Au début du confinement, nous avons paré au plus urgent : protéger les salariés. Nous avons eu une petite perte de productivité logique, mais les salariés sont tellement engagés…

On arrive à compenser. Désormais, nous sommes en train de revoir les choses et de les réorganiser pour les optimiser davantage. Avec les masques, les visières, on peut travailler en mode moins dégradé. Jusqu’à présent, l’équipe du matin partait par exemple dix minutes avant la fin, et l’équipe suivante arrivait dix minutes plus tard. Elles ne devaient surtout pas se croiser. Mais nous avons revu les flux de circulation pour continuer à éviter les contacts tout en réduisant ce laps de temps au seul nettoyage du poste. Maintenant, il faut préparer le retour au bureau de nos 1.000 télétravailleurs."

Article disponible dans Les Echos du 22 Avril 2020

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